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L'armoise : de la plante médicinale au Nobel | Behind the Lore

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En inspectant la cour extérieure du palais, Maomao dresse mentalement l’inventaire des simples disponibles. Elle note que les plantes médicinales y sont rares, et relève en particulier deux présences : du pissenlit et de l’armoise. Le constat est bref, presque clinique, mais il dit beaucoup de son regard de pharmacienne : même dans un recoin discret, elle cherche ce qui peut servir. L’armoise, plante banale aux yeux d’un non-initié, est pour elle un outil de soin reconnu.

Le sujet en profondeur

L’armoise désigne un vaste genre botanique, Artemisia, qui regroupe plus de cinq cents espèces réparties sur tous les continents [Wikipedia] . Ces plantes se reconnaissent à leurs feuilles découpées, souvent argentées, et à leur odeur aromatique caractéristique. Plusieurs d’entre elles occupent une place de premier plan dans les pharmacopées traditionnelles, en particulier en Asie de l’Est.

Usages traditionnels. L’armoise commune (Artemisia vulgaris) et l’armoise chinoise (Artemisia argyi) sont utilisées depuis l’Antiquité comme plantes digestives, pour soulager les spasmes intestinaux et stimuler l’appétit, et comme plantes gynécologiques, pour réguler les cycles menstruels. Elles entrent dans des décoctions, des cataplasmes et des fumigations. La moxibustion, technique centrale de la médecine traditionnelle chinoise, consiste à brûler des cônes ou des bâtonnets de feuilles d’armoise séchées (le moxa) près de points d’acupuncture pour stimuler la circulation de l’énergie vitale. Le terme même de moxibustion vient du japonais mogusa, nom local de l’armoise.

L’artémisinine : d’un texte ancien au prix Nobel. La découverte la plus importante liée à ce genre est celle de l’artémisinine, extraite d’Artemisia annua, une espèce annuelle à feuilles très finement découpées [Wikipedia] . Dans les années 1960 et 1970, la chercheuse chinoise Tu Youyou travaillait pour un programme militaire secret destiné à trouver de nouveaux traitements contre le paludisme, une maladie parasitaire qui tue des centaines de milliers de personnes chaque année, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est [Wikipedia] . Après avoir passé en revue des centaines de recettes de médecine traditionnelle chinoise, Tu Youyou s’est arrêtée sur un texte du IVe siècle rédigé par le médecin Ge Hong, qui recommandait de faire tremper de l’armoise annuelle dans de l’eau froide pour traiter les fièvres intermittentes, symptôme classique du paludisme. Ce détail, trempage à froid plutôt que décoction à chaud, l’a conduite à extraire la molécule active sans la dégrader par la chaleur. L’artémisinine agit contre le parasite Plasmodium en générant des radicaux libres à l’intérieur du globule rouge infecté, détruisant le parasite de l’intérieur. Elle agit rapidement et sur des souches résistantes aux traitements antérieurs. Tu Youyou a reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2015 pour cette découverte.

Prudence toxicologique. L’armoise contient de la thuyone, un composé terpénique présent en concentration variable selon les espèces et les parties utilisées. À doses élevées ou répétées, la thuyone est neurotoxique. Les usages médicinaux traditionnels recourent à des quantités faibles et ponctuelles, mais les préparations concentrées ou prolongées sont déconseillées. L’artémisinine elle- même, dans ses formes synthétiques modernes (artésunate, artéméther), est prescrite sous contrôle médical à des doses précisément calibrées.

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Sources

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