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Plantes emménagogues et abortives | Behind the Lore

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Lors du passage d’une caravane marchande dans la cour impériale, Maomao parcourt les étals et repère du thé façonné au jasmin. Plus tard, elle pense que les huiles aromatiques mises en vogue par les parfums de la caravane représentent un danger pour les femmes enceintes. Quand Jinshi lui lit la liste des produits à la mode, rose, benjoin, oliban, cannelle, sterculier d’Orient, elle confirme que tous sont néfastes pour les futures mères. Elle ajoute que les courtisanes utilisent le piment comme abortif, et que le jasmin, à forte exposition, contribue à l’infertilité. Ce que l’épisode présente comme une évidence de pharmacienne traduit en réalité un savoir empirique millénaire, réel mais plus complexe et plus ambigu que ne le suggère son laconisme.

Le sujet en profondeur

Le terme emménagogue désigne toute substance réputée provoquer ou régulariser les menstruations. Dans les pharmacopées pré-modernes, la frontière entre emménagogue et abortif était floue : déclencher les règles et interrompre une grossesse précoce relevaient du même registre de savoirs [Wikipedia] . Ces catégories ne correspondaient pas à un mécanisme compris, mais à un effet observé, partiellement réel, partiellement fantasmé.

Le jasmin

Le jasmin, principalement Jasminum sambac et Jasminum officinale, contient des composés aromatiques comme l’acétate de benzyle, l’indole et le linalol. Des études in vitro et sur des modèles animaux ont montré que des extraits concentrés de jasmin exercent un effet utérotonique, c’est-à-dire qu’ils stimulent les contractions de l’utérus. Cet effet est suffisamment documenté pour que les aromathérapeutes et les sages-femmes déconseillent l’huile essentielle de jasmin pendant la grossesse. La question de la dose est cependant décisive : un thé au jasmin dilué ne contient pas les mêmes concentrations actives qu’une huile essentielle concentrée appliquée par voie cutanée ou inhalée intensivement. La mention d’un possible effet sur la fertilité masculine, évoquée dans l’épisode à travers l’inquiétude de Maomao pour Jinshi, est biologiquement plausible selon quelques études chez le rongeur, mais les preuves chez l’homme sont quasi inexistantes.

L’armoise et la rue

L’armoise (Artemisia spp.) et la rue (Ruta graveolens) sont deux des plantes les plus souvent citées dans les traités de médecine ancienne comme emménagogues et abortifs. L’armoise contient de la thuyone, un monoterpène qui stimule les contractions utérines. La rue contient de la rutacridone et d’autres alcaloïdes à effet abortif expérimental. Dans les deux cas, les doses actives sur l’utérus se situent dans une zone où la toxicité hépatique, rénale et neurologique pour la mère est déjà significative. Des décès par intoxication à la rue ou à l’armoise dans une tentative d’interruption de grossesse sont documentés historiquement, ce qui illustre le paradoxe fondamental de ces plantes : elles pouvaient tuer avant d’agir sur la grossesse.

Le piment

La capsaïcine du piment (Capsicum spp.) a des effets vasomoteurs et peut, à très forte dose, stimuler les muscles lisses, dont ceux de l’utérus. L’usage abortif du piment est attesté dans de nombreuses traditions d’ethnomédecine, des Amériques à l’Asie. En pharmacologie moderne, une efficacité abortive fiable n’est pas établie cliniquement à des doses supportables par voie orale. Les doses nécessaires pour obtenir un effet utérin significatif provoqueraient au préalable des brûlures des muqueuses digestives et une toxicité systémique sévère [Wikipedia] .

Le mécanisme commun et ses limites

Ces plantes partagent un mécanisme partiel : elles stimulent les contractions de l’utérus par des voies variées, en agissant sur les récepteurs des prostaglandines, sur les canaux calciques ou sur le tonus musculaire lisse. Ce que les pharmacopées anciennes interprétaient comme un pouvoir abortif correspond à une activité utérotonique réelle, mais insuffisante et trop toxique pour être fiable. La marge entre la dose emménagogue et la dose létale est, pour la plupart de ces plantes, très étroite.

Pour aller plus loin

Sources

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