L'orpiment et l'arsenic : le poison jaune | Behind the Lore
Contexte dans l'histoire (cliquer pour masquer ce bloc) (cliquer pour afficher ce bloc)
Ce paragraphe peut contenir des informations sur l'intrigue.
En examinant une fresque de la cour, Maomao s’arrête sur le jaune éclatant d’un vêtement peint. Elle y reconnaît l’orpiment, un minéral qu’elle nomme sulfure d’arsenic, et comprend alors par quel chemin un personnage a pu s’intoxiquer sans le savoir : à force de peindre, l’arsenic du pigment s’est peu à peu disséminé dans son corps, par le pinceau porté aux lèvres et par la poussière. Le poison n’avait pas été administré, il avait été respiré et léché pendant des années.
Le sujet en profondeur
L’orpiment est un minéral naturel, le trisulfure d’arsenic, d’un jaune d’or profond qui en a fait un pigment recherché des peintres pendant des millénaires [Wikipedia] . Son nom latin, auripigmentum, signifie « pigment d’or », ce qui dit assez la beauté qu’on lui prêtait. Mais sa composition est sa malédiction : il contient de l’arsenic, l’un des poisons les plus anciennement connus.
L’arsenic n’est pas un poison comme la tétrodotoxine ou l’aconitine, qui frappent vite une cible nerveuse précise [Wikipedia] . C’est un poison cumulatif, qui agit en profondeur sur le métabolisme. Il se fixe sur de nombreuses enzymes en se substituant à des éléments dont la cellule a besoin, et désorganise ainsi la production d’énergie. À forte dose, il provoque une intoxication aiguë foudroyante, avec troubles digestifs violents. À petite dose répétée, il produit une intoxication chronique d’installation lente : fatigue, troubles digestifs, atteintes de la peau et des nerfs, et à long terme certains cancers.
C’est précisément cette forme chronique que décrit l’œuvre. Un peintre qui utilise l’orpiment au quotidien est exposé par trois voies : la poussière qu’il respire, le pinceau qu’il porte machinalement à la bouche pour l’affiner, et le contact avec la peau. Rien de spectaculaire au jour le jour, mais l’arsenic s’accumule, et le corps finit par en être imprégné. La justesse de l’analyse de Maomao tient à ce raisonnement : remonter d’un symptôme à une source d’exposition discrète et prolongée, plutôt qu’à un empoisonnement ponctuel.
Pour aller plus loin
Sources
Publié le
Poursuivre l'enquête
Suggérées automatiquement par concepts, disciplines, épisodes ou personnages communs.
Le fard blanc au plomb
Dans Les Carnets de l'apothicaire, le fard blanc tue les courtisanes. On vous explique pourquoi ce maquillage à la céruse provoquait un saturnisme mortel.
Le datura
Dans Les Carnets de l'apothicaire, le datura sert à endormir et à feindre la mort. On explique ses alcaloïdes, sa toxicité et son rôle dans l'histoire de l'anesthésie.
Le mercure
Dans Les Carnets de l'apothicaire, le vif-argent entre dans un poison de cour. On explique le mercure, sa toxicité et les élixirs d'immortalité qui ont tué des empereurs.
Les élixirs d'immortalité
Plusieurs empereurs chinois ont été tués par les élixirs censés les rendre immortels. L'alchimie waidan, le cinabre, le mercure et l'arsenic expliqués.
L'argent et la détection des poisons
L'argenterie noircit au soufre, pas à l'arsenic pur. On explique la chimie du sulfure d'argent et pourquoi la légende du test à l'argent est un mythe partiellement fondé.