Le savon : saponification et micelles
Contexte dans l'histoire (cliquer pour masquer ce bloc) (cliquer pour afficher ce bloc)
Ce paragraphe peut contenir des informations sur l'intrigue.
Aux bains de la cour impériale, Maomao et ses compagnes trouvent du savon fourni par le dispensaire. La première prise en main est sans appel : ça pique les yeux. Cette remarque en passant trahit quelque chose de réel sur la formulation d’un savon de soin médicinal, plus alcalin qu’un savon de toilette ordinaire. L’épisode ne s’étend pas sur la chimie, mais la scène suffit à ouvrir le sujet.
Le sujet en profondeur
Le savon est le produit d’une réaction chimique appelée saponification [Wikipedia] . On chauffe un corps gras (huile végétale ou graisse animale) avec une base forte, historiquement de la soude (hydroxyde de sodium) ou de la potasse (hydroxyde de potassium). La base attaque les liaisons ester du triglycéride et libère des acides gras sous forme de sels, qui sont les molécules de savon proprement dites, ainsi que du glycérol comme sous-produit [Wikipedia] .
Ces sels d’acides gras ont une architecture particulière : une tête ionique, polaire, compatible avec l’eau (hydrophile), et une longue chaîne carbonée, apolaire, compatible avec les graisses (lipophile). C’est cette double nature, appelée amphiphile, qui donne au savon son efficacité.
Quand le savon est mis en présence d’eau et de saleté grasse, les molécules s’organisent spontanément. La queue plonge dans la graisse pour ne pas toucher l’eau, la tête reste côté eau. Il se forme ainsi des sphères de quelques dizaines de nanomètres, les micelles, dans lesquelles la saleté est enfermée au centre. Ces micelles sont solubles dans l’eau et peuvent être emportées lors du rinçage, là où l’eau seule glisserait sur une surface grasse sans accrocher quoi que ce soit.
La réaction de saponification complète produit un milieu basique, et c’est là qu’intervient la remarque de l’épisode. Un savon de dispensaire, conçu pour des soins actifs, peut avoir un pH plus élevé qu’un savon cosmétique grand public. Or la muqueuse oculaire est très sensible au pH : elle tolère une plage étroite autour de 7,4 (le pH des larmes) et réagit par une sensation de brûlure dès que ce seuil est dépassé. Un savon trop alcalin au contact des yeux provoque exactement cette irritation, sans aucune toxicité durable si le contact est bref et suivi d’un rinçage à l’eau.
Pour aller plus loin
Sources
Publié le
Poursuivre l'enquête
Suggérées automatiquement par concepts, disciplines, épisodes ou personnages communs.
L'orpiment et l'arsenic
Dans Les Carnets de l'apothicaire, un pigment jaune empoisonne à petit feu. On explique l'orpiment, l'arsenic et l'intoxication lente des peintres de cour.
Le mercure
Dans Les Carnets de l'apothicaire, le vif-argent entre dans un poison de cour. On explique le mercure, sa toxicité et les élixirs d'immortalité qui ont tué des empereurs.
L'alcool antiseptique
Dans Les Carnets de l'apothicaire, un alcool distillé est qualifié de désinfectant efficace. On explique pourquoi l'éthanol tue les microbes et à quelle concentration.
L'acide oxalique
L'oxalis contient de l'acide oxalique, responsable de son goût acidulé. On explique ses usages, ses effets sur le corps et pourquoi ces plantes restent comestibles.
L'argent et la détection des poisons
L'argenterie noircit au soufre, pas à l'arsenic pur. On explique la chimie du sulfure d'argent et pourquoi la légende du test à l'argent est un mythe partiellement fondé.