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Détecter un poison par les sens | Behind the Lore

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Au banquet impérial, Maomao procède avec la méthode du goûteur : elle observe d’abord le liquide pour vérifier qu’il reste clair au contact de la coupe, puis le renifle à la recherche d’une odeur suspecte. Ne trouvant rien d’anormal, elle conclut en quelques secondes que rien ne signale un poison évident. Ce geste, bref et précis, condense une pratique plusieurs fois séculaire qui confiait à un tiers, le goûteur, la première ligne de défense contre l’empoisonnement.

Le sujet en profondeur

Le principe de la détection sensorielle repose sur les propriétés physico-chimiques visibles ou perceptibles de certaines substances toxiques [Wikipedia] . L’œil cherche une turbidité (précipité formé au contact du récipient), un changement de couleur de la boisson ou du plat. Le nez cherche une odeur anormale : le soufre dégage une odeur d’œuf pourri, certains solvants une âcreté, le cyanure d’hydrogène une légère odeur d’amande amère. La langue, enfin, peut signaler une amertume inhabituelle ou un picotement.

Cette troisième voie, le goût, est la plus ambivalente. Un picotement lingual peut indiquer la présence d’alcaloïdes piquants ou d’acides, et certains poison végétaux sont effectivement amers à concentration subléthale. Mais détecter un poison par le goût, c’est déjà le mettre en contact avec les muqueuses buccales, lesquelles absorbent directement certaines molécules : la tétrodotoxine du fugu, par exemple, traverse la muqueuse buccale en quelques secondes. L’information sensorielle arrive donc parfois trop tard.

Une technique complémentaire, attestée dans plusieurs cours impériales, consistait à utiliser de la vaisselle en argent. L’argent métal réagit en noircissant au contact des sulfures d’hydrogène et de certains composés soufrés [Wikipedia] . Une coupe, une cuillère ou un couteau en argent plongé dans un plat pouvait ainsi révéler la présence de composés soufrés dégagés par la décomposition ou par certains poisons soufrés. Ce test avait une vraie valeur, mais seulement pour une catégorie précise de substances.

La limite fondamentale de toutes ces méthodes tient à la chimie même des poisons les plus utilisés historiquement. L’arsenic, qui fut de très loin le poison le plus répandu dans les cours impériales chinoises, romaines et européennes, est inodore, insipide et incolore sous sa forme trioxyde [Wikipedia] . Il ne noircissait pas l’argent (le noircissement réclame des sulfures, non de l’arsenic pur). La cuillère en argent ne pouvait donc pas le détecter. La tétrodotoxine, autre substance citée dans l’épisode, est également inodore et sans couleur à dose toxique. Un goûteur confronté à ces deux poisons ne percevrait rien d’anormal, et serait simplement empoisonné sans le savoir.

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Sources

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