Le musc : de la glande du chevrotin au flacon | Behind the Lore
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En entrant dans les appartements de dame Shenmei, Maomao identifie aussitôt l’odeur de musc et la juge « un bien drôle de mélange ». Cette remarque dit beaucoup sur sa formation : reconnaître une substance à l’odorat et évaluer d’emblée l’accord qu’elle forme avec d’autres composants est une compétence diagnostique à part entière dans la pharmacopée de cour. Pour une apothicaire, le nez est un instrument de travail aussi fiable que la balance.
Le sujet en profondeur
Le musc brut est sécrété par la glande de musc, un organe situé sur l’abdomen du chevrotin porte-musc (Moschus moschiferus), un petit cervidé solitaire des forêts montagnardes d’Asie centrale [Wikipedia] . Seuls les mâles adultes possèdent cette glande, qui produit une substance granuleuse brunâtre à l’odeur animale très intense. Dans la Chine impériale, le musc entrait dans la composition de parfums de cour, d’encens rituels et de préparations médicinales à qui l’on prêtait des propriétés stimulantes et emménagogues.
La molécule responsable de l’odeur caractéristique est la muscone, ou (R)-(+)-muscone, une cétone macrocyclique de formule brute C₁₆H₃₀O [Wikipedia] . Sa structure en anneau à seize atomes de carbone avec une seule fonction carbonyle la distingue des parfums floraux ou agrumes : les molécules macrocycliques se volatilisent lentement, ce qui explique la persistance remarquable du musc sur la peau et les textiles. En parfumerie, cette lente évaporation en fait un fixateur, c’est-à-dire une substance qui retient et prolonge les autres composants d’un accord olfactif. La muscone a été isolée et identifiée en 1906 par le chimiste autrichien Ernst Späth, puis sa structure macrocyclique précisée en 1926 par Leopold Ruzicka, qui recevra le prix Nobel de chimie en 1939 notamment pour ces travaux sur les terpènes et les substances macrocycliques.
La concentration de muscone dans la glande est faible et l’odeur du musc brut complexe : elle associe la muscone à d’autres composants dont des stéroïdes et des acides gras, ce qui produit cette note à la fois animale, poudrée et chaude que Maomao perçoit. Même très diluée, la muscone reste perceptible à des concentrations inférieures au microgramme par litre d’air, ce qui classe le musc parmi les substances odorants les plus puissantes connues.
Pour aller plus loin
Sources
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