La bile d'ours : de la MTC à la médecine moderne | Behind the Lore
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Maomao décrit la vésicule biliaire séchée d’un ours comme un remède très prisé pour les troubles digestifs, certes amer, mais efficace. Elle la présente sans surprise ni mystère, comme un produit de pharmacopée courant, au même titre que d’autres drogues animales ou végétales qu’elle manie quotidiennement. La mention est brève, presque anodine pour une apothicaire de son niveau : c’est précisément ce naturel qui rend l’instant instructif.
Le sujet en profondeur
La bile est un liquide produit par le foie, stocké dans la vésicule biliaire et déversé dans l’intestin grêle lors des repas [Wikipedia] . Sa fonction principale est d’émulsifier les graisses alimentaires : elle agit comme un détergent biologique, en fragmentant les grosses gouttelettes de lipides en micelles que les enzymes pancréatiques peuvent ensuite dégrader. Les sels biliaires, dérivés du cholestérol, sont les agents actifs de cette émulsification.
Chez l’ours en particulier, la bile est inhabituellement riche en acide ursodésoxycholique, souvent abrégé UDCA [Wikipedia] . Contrairement aux sels biliaires primaires, qui peuvent être irritants à fortes concentrations, l’UDCA est un acide biliaire hydrophile et peu agressif pour les muqueuses. Il agit selon plusieurs mécanismes complémentaires : il modifie la composition de la bile en réduisant la proportion de sels biliaires toxiques, il favorise la dissolution des calculs biliaires riches en cholestérol en rendant la bile moins saturée, et il exerce un effet cytoprotecteur sur les cellules du foie (hépatocytes) et des voies biliaires.
C’est un cas rare de continuité entre pharmacopée traditionnelle et médecine basée sur les preuves. Les formulaires chinois classiques mentionnent la bile d’ours, le xiong dan, depuis au moins le VIIIe siècle. La pharmacologie moderne a isolé et caractérisé l’UDCA au XXe siècle, puis des équipes japonaises ont démontré dans les années 1970-1980 son efficacité clinique pour dissoudre les calculs biliaires et améliorer les marqueurs hépatiques dans des maladies comme la cholangite biliaire primitive ou la cholestase gravidique. Il est aujourd’hui inscrit sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS, produit par synthèse chimique à partir d’acides biliaires issus de l’industrie agro-alimentaire.
Pour aller plus loin
Sources
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