La gelée royale : reine ou ouvrière ? | Behind the Lore
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En examinant le pot de miel de dame Fonmin, Maomao laisse échapper une pensée : “de la gelée…”. Une phrase d’une seconde qui suffit à montrer qu’elle a identifié quelque chose que les autres n’ont pas vu. Son instinct d’apothicaire reconnaît immédiatement une substance précieuse mêlée au miel ordinaire, signalant que l’approvisionnement du pavillon de Grenat n’est pas celui d’une simple cuisinière.
Le sujet en profondeur
La gelée royale est une sécrétion produite par les glandes hypopharyngiennes et mandibulaires des abeilles nourricières, des ouvrières jeunes entre cinq et quinze jours [Wikipedia] . Sa texture crémeuse, blanc-jaunâtre, lui vaut son nom. Toutes les larves en reçoivent pendant les deux à trois premiers jours ; ensuite, seule la larve destinée à devenir reine continue d’en recevoir, en quantité exclusive et continue, jusqu’à sa nymphose.
Cette différence d’alimentation suffit à produire deux animaux radicalement distincts à partir du même patrimoine génétique [Wikipedia] . La reine est plus grande, possède des ovaires fonctionnels, peut pondre jusqu’à deux mille oeufs par jour et vit de quatre à six ans, contre six semaines environ pour une ouvrière. C’est le même génome, mais une expression très différente de ses gènes.
Le mécanisme est épigénétique. La gelée royale contient plusieurs molécules actives. La plus caractéristique est l’acide 10-hydroxy-2-décénoïque, ou 10-HDA, un acide gras à longue chaîne propre à cette sécrétion. Des travaux ont montré que le 10-HDA inhibe certaines méthylations de l’ADN, des marques chimiques qui régulent l’accès aux gènes. En réduisant ces marques, la gelée royale lève les blocages qui empêchent la larve d’activer les voies de croissance et de reproduction propres à la reine. Parmi les protéines de la gelée royale, la royalactine a longtemps été présentée comme le facteur déterminant, mais des études plus récentes suggèrent que l’effet est multifactoriel et que la composition globale compte autant que chaque composant isolé.
L’ensemble illustre un principe fondamental de la biologie : les gènes ne sont pas un destin figé. Ce qui est mangé, et en quelle quantité, peut réécrire durablement quels gènes sont actifs. Une même séquence d’ADN peut produire une travailleuse stérile de quelques semaines ou une reine reproductrice de plusieurs années. L’environnement, ici réduit à une cuillère de sécrétion, fait toute la différence.
Pour aller plus loin
- Le botulisme et le miel chez le nourrisson
- Le rhododendron et le miel fou
- Discipline biologie
- Discipline alimentation
Sources
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