À l’épreuve de la science

toxicologiepharmacologie

Peut-on s'immuniser aux poisons en s'y exposant ?

L’affirmation

Dans Les Carnets de l'apothicaire, Maomao affirme que son corps est si habitué aux poisons qu'ils ne lui font plus aucun effet, à force de les tester sur elle-même. Peut-on réellement se rendre insensible aux poisons en s'y exposant peu à peu ?

Verdict détaillé

Décomposition de l’affirmation et verdict détaillé
Sous-affirmationVerdict
On peut s'habituer à un poison en ingérant des doses croissantes (mithridatisation)Plausible
Cette accoutumance protège indistinctement contre tous les poisonsFaux
Maomao est immunisée au point que les poisons ne lui font plus aucun effetSimplifié

Que dit la science réelle ?

L’accoutumance à une substance est un phénomène pharmacologique bien réel. Pour certains produits, une exposition répétée à des doses croissantes amène le corps à mieux les supporter. Le mécanisme peut être métabolique, le foie apprenant à dégrader la substance plus vite, ou fonctionnel, l’organisme s’adaptant à sa présence. C’est ce qu’on observe avec l’alcool, certains opiacés, ou des plantes comme celles dont Maomao se sert. Le procédé porte d’ailleurs le nom d’un personnage historique : le roi Mithridate VI du Pont, qui, par crainte d’être empoisonné, aurait absorbé toute sa vie des contre-poisons et de petites doses de toxiques. Une tolérance partielle à certains poisons est donc tout à fait crédible.

Mais la tolérance est toujours spécifique : s’habituer à une substance ne protège en rien contre une autre qui agit par un mécanisme différent. On ne s’habitue pas à un métal lourd comme le plomb, qui s’accumule dans l’organisme bien plus vite qu’il ne s’en élimine, ni à une neurotoxine comme la tétrodotoxine du fugu, dont la marge est si étroite que la dose qui « entraîne » est presque celle qui tue. Pire, pour beaucoup de toxiques, l’exposition répétée n’immunise pas : elle intoxique lentement.

Une véritable immunité, au sens du système immunitaire qui fabrique des anticorps, n’existe d’ailleurs que contre un petit nombre de poisons de nature protéique, comme certains venins, et au prix d’un protocole médical encadré. Elle ne concerne ni les alcaloïdes végétaux (les molécules actives des plantes, précisément celles que manipule Maomao), ni les métaux.

Pourquoi Les Carnets de l’apothicaire simplifie

Là où l’œuvre force le trait, c’est en suggérant une protection générale. Le noyau du claim est juste : on peut développer une tolérance à certains poisons par exposition progressive, et l’histoire de la mithridatisation est authentique. Mais la série en tire une quasi-invulnérabilité qui n’existe pas : aucune accoutumance ne protège contre tous les poisons à la fois, et bon nombre d’entre eux ne font qu’empoisonner un peu plus à chaque prise.

L’écriture du personnage reste, elle, étonnamment honnête : à force de jouer avec les plantes, Maomao raconte s’être déjà intoxiquée, ce qui est la conséquence logique et réaliste de sa pratique. Son « immunité » est un excellent trait de personnage, pas une réalité toxicologique.

Pour aller plus loin

  • 📚 The Poison King (Adrienne Mayor, Princeton University Press, 2010) : biographie de référence de Mithridate VI et de sa légende toxicologique.
  • 🔗 Le chocolat est-il vraiment aphrodisiaque ? : l’autre grand claim pharmacologique de la série, passé au crible.

Sources

  1. A. Mayor, The Poison King: The Life and Legend of Mithradates, Rome’s Deadliest Enemy, Princeton University Press, 2010 : le personnage historique et la construction de sa légende.
  2. Mithridatisation : Wikipédia, origine historique et limites.
  3. Tolérance (pharmacologie) : Wikipédia, mécanismes et spécificité de l’accoutumance.

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