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Le chocolat est-il aphrodisiaque ? La réponse de la science

L’affirmation

Dans Les Carnets de l'apothicaire, on commande à Maomao une confiserie « aux propriétés aphrodisiaques » à base de cacao, autrement dit du chocolat censé raviver le désir. Le chocolat mérite-t-il sa vieille réputation d'aphrodisiaque ?

Verdict détaillé

Décomposition de l’affirmation et verdict détaillé
Sous-affirmationVerdict
Le chocolat (cacao) possède de véritables propriétés aphrodisiaques physiologiquesFaux
Le cacao contient des molécules psychoactives (théobromine, caféine, phényléthylamine)Confirmé
Ces molécules sont présentes à des doses suffisantes pour agir sur le désir sexuelFaux

Que dit la science réelle ?

Le cacao n’est pas un aliment inerte. Il contient plusieurs substances psychoactives, au premier rang desquelles la théobromine, un cousin de la caféine, ainsi qu’un peu de caféine elle-même et de la phényléthylamine, une molécule parfois surnommée « molécule de l’amour » parce qu’elle est libérée par le cerveau dans certains états d’excitation. Sur le papier, le dossier paraît solide : des stimulants, une molécule associée au plaisir, et un aliment qui procure une sensation de réconfort. C’est sur cette base que la réputation s’est construite.

Le problème est la quantité. La théobromine présente dans une portion de chocolat a un effet stimulant léger, comparable à un café faible, sans rapport avec une action sur le désir sexuel. Quant à la phényléthylamine, le point décisif est qu’elle est presque entièrement détruite par le foie et l’intestin avant même d’atteindre le cerveau : celle du chocolat n’a donc aucune chance d’agir sur l’humeur ou la libido. Et quand des chercheurs ont cherché un lien entre consommation de chocolat et sexualité, ils ne l’ont pas trouvé : l’étude de référence, menée auprès de femmes du nord de l’Italie, ne montre plus aucune différence de fonction sexuelle une fois l’âge des participantes pris en compte.

Autrement dit, les bonnes molécules sont bien là, mais à des doses trop faibles, et pour certaines détruites avant d’agir. Le plaisir gustatif intense et la réputation elle-même suffisent à expliquer l’effet ressenti : c’est un puissant effet d’attente, ce que la science appelle un effet placebo, pas une action pharmacologique.

Pourquoi Les Carnets de l’apothicaire fait quand même ce choix

Le chocolat traîne depuis des siècles une réputation sulfureuse, née des chroniques espagnoles sur la cour aztèque et entretenue jusque dans les salons européens. L’œuvre s’en empare avec justesse : la confiserie au cacao réclamée à Maomao est un produit précieux, rare, réservé à une élite, exactement le genre d’objet auquel on prête volontiers des pouvoirs. La commande d’une confiserie « aphrodisiaque » est donc historiquement crédible : c’est ainsi que le mythe a réellement fonctionné.

Et c’est ce qui rend le claim si convaincant : le chocolat est un plaisir réel, porteur de molécules réelles. La pharmacologie tranche pourtant nettement : aux doses où on le consomme, il n’a pas d’effet aphrodisiaque démontré. Son pouvoir tient à son goût, à sa rareté d’alors et à l’idée qu’on s’en fait, ce qui, dans le récit, suffit largement à produire son effet.

Pour aller plus loin

Sources

  1. A. Salonia et al., Chocolate and Women’s Sexual Health: An Intriguing Correlation : The Journal of Sexual Medicine, 2006, aucune association entre chocolat et fonction sexuelle après ajustement sur l’âge.
  2. K. Bruinsma, D. L. Taren, Chocolate: Food or Drug? : Journal of the American Dietetic Association, 1999, constituants actifs du cacao, doses réelles et biodisponibilité de la phényléthylamine.
  3. Théobromine : Wikipédia, alcaloïde du cacao, effets et doses.
  4. Aphrodisiaque : Wikipédia, revue des preuves et rôle de l’effet placebo.

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