À l’épreuve de la science

physique

Si la Terre tournait, retomberait-on ailleurs en sautant ?

L’affirmation

Dans Du mouvement de la Terre, un personnage oppose une objection de bon sens à l'héliocentrisme : « pourquoi quand je saute, j'atterris au même endroit ? » Si la Terre filait sous nos pieds, ne devrait-on pas retomber ailleurs ?

Verdict détaillé

Décomposition de l’affirmation et verdict détaillé
Sous-affirmationVerdict
Si la Terre tournait, un objet lâché (ou un sauteur) retomberait plus loin que son point de départFaux
On ne ressent pas le mouvement uniforme de la TerreConfirmé
L'inertie (relativité galiléenne) explique qu'on retombe au même endroitConfirmé

Que dit la science réelle ?

L’objection paraît imparable : à l’équateur, le sol file à plus de 1 600 km/h ; si la Terre bouge, pourquoi ne retombe-t-on pas loin derrière son point de départ ? L’erreur est de croire qu’en sautant, on « quitte » le mouvement de la Terre. C’est le contraire. Avant de sauter, je me déplace déjà avec la Terre, exactement à sa vitesse, tout comme l’air autour de moi. Quand je saute, je conserve cette vitesse horizontale : c’est l’inertie. Pendant que je suis en l’air, j’avance horizontalement à la même allure que le sol sous moi. Résultat : je retombe au même endroit.

C’est le principe de relativité formulé par Galilée : dans un système qui se déplace de façon régulière, tout bouge ensemble, et aucune expérience interne ne révèle ce mouvement. L’image classique est celle d’un objet lâché dans la cabine d’un navire qui avance : il tombe au pied du mât, pas vers l’arrière. Pareil dans un train, un avion en vol stable, ou sur la Terre.

Une précision d’honnêteté : la rotation de la Terre n’est pas un mouvement rigoureusement uniforme, et elle finit par se trahir dans des expériences bien plus sensibles qu’un saut, comme le pendule de Foucault en 1851. Mais à l’échelle d’un bond humain, la déviation qui en résulte est bien trop petite pour être perçue : pour la voir, il faudra un pendule géant, pas des jambes.

Pourquoi Du mouvement de la Terre met cette objection en scène

L’expérience du saut ne permet pas de trancher entre Terre fixe et Terre en mouvement, puisqu’elle donne le même résultat dans les deux cas. C’est justement pour cela qu’au XVe siècle on ne pouvait pas réfuter l’héliocentrisme par cette voie : l’absence d’effet ressenti est compatible avec une Terre qui bouge. L’objection, intuitive, repose sur une physique fausse (celle d’Aristote, sans inertie), que Galilée puis Newton remplaceront.

En la plaçant dans la bouche d’un sceptique, l’œuvre déroule un grand classique pédagogique : une vraie question de physique, à laquelle la relativité du mouvement répond exactement. Loin d’être une faiblesse, c’est l’un des passages scientifiquement les plus solides de la série.

Pour aller plus loin

Sources

  1. G. Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, 1632 : l’argument du navire, formulation originelle du principe de relativité.
  2. The Feynman Lectures on Physics, vol. I, chap. 15 : Caltech, principe de relativité et référentiels galiléens.
  3. Principe de relativité : Wikipédia, relativité galiléenne, inertie, exemple du navire.

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